Techtera, pôle de compétitivité des textiles et matériaux souples
Porcher Industries : l'innovation, contre vents et marées
A presque 100 ans, Porcher n’a pas pris une ride. Le groupe international basé à Chavanoz, dans le nord de l’Isère, a remporté une nouvelle récompense, à Singapour, en octobre dernier.
Le jury des JEC Asia Innovation Awards 2009 composé d’une quinzaine d’experts internationaux réunis par les organisateurs de ce salon référent dans l’univers des composites a décerné le premier prix de la catégorie environnement et recyclage au tandem formé par l’entreprise iséroise et le fabricant de surf thaïlandais Cobra International.
Une planche de surf écologique
Sur le podium, une nouvelle planche de surf écologique conçue avec un matériau d’avant-garde signé Porcher : le Greenlite. Elaboré avec des fibres de cellulose pure, remplaçant les traditionnelles fibres de verre, ce tissu biodégradable et compatible avec les biorésines se destine aux planches de glisse d’hiver et d’été : windsurf, kitesurf, wakeboard… Le Centre Innovation & Expertise (CIE) du groupe l’a développé en 18 mois.
« Il s’agit d’un textile nouveau utilisable pour les biocomposites, avec des caractéristiques techniques qui le rendent très proches des tissus de verre que l’on emploie d’habitude. Les planches obtenues ont d’excellentes performances ». Directrice Innovation du groupe depuis 2006, Agnès Jolly n’en est pas à son premier coup de maître. Chez Porcher, l’innovation a le vent en poupe depuis de nombreuses années. « Le tournant a été pris bien avant mon arrivée. Dans les années 50, Porcher a été l’un des premiers à tisser du fil de verre, à la place de la soie. Ce qui était particulièrement pointu, parce que le fil de verre est très fragile. A partir de là, l’entreprise a développé un savoir-faire en matière de tissage de fibres techniques : carbone, polyamide de haute ténacité… et s’est lancée dans la R&D et l’innovation ».
Deux fois plus de brevets
Résultat, aujourd’hui : 1/3 des produits contribuant au chiffre d’affaires des 6 Business Units du groupe a moins de 3 ans. Dans les 1 000 m2 du CIE aménagés à Chavanoz, l’équipe de chimistes, d’ingénieurs en matériaux, de spécialistes des composites et d’ingénieurs textiles gère un portefeuille produits en développement comportant 15 projets majeurs dont les produits devraient voir le jour d’ici 2012. Avant que d’autres projets prennent le relais. Le nombre de brevets déposés chaque année a doublé depuis 2006. Objectif à terme : de 3 à 5 brevets annuels.
« Il faut toujours avoir un coup d’avance. Au moment où nos produits sont commercialisés, nous avons ici de nouveaux produits en devenir qui seront mis sur le marché 3 ou 4 ans après. Notre volonté, c’est de conserver notre avantage technologique au niveau européen. Pour cela, il faut savoir conjuguer création et développement ».
Un coupe-feu sans colle et économique
Dernier exemple de brevet en date : une membrane ignifuge thermoscellable destinée à recouvrir les couvertures PVC utilisées pour la toiture des bâtiments. Ce produit coupe-feu écologique et économique évitant l’utilisation de colle limitera la propagation des flammes, en cas d’incendie. « La difficulté a été d’allier les caractéristiques d’ignifugation d’un produit avec ses propriétés thermoscellables. Au départ, nous étions partis sur une chimie de type PVC qui n’a pas donné les résultats escomptés. Il a fallu repartir à zéro. C’est la vie normale d’un projet ».
Initiées en 2007, les recherches ont duré deux ans et mobilisé 20 % du temps de travail d’un ingénieur, tout au long des différentes phases nécessaires à la maturation d’un produit, depuis le prototype jusqu’à son utilisation en conditions réelles. « Il faut être patient et réactif et savoir mener de front plusieurs développements, à des stades différents. Personnellement, j’aime bien le prototypage. C’est toujours enthousiasmant de voir qu’un produit qui était encore sur la paillasse il y a quelques années devient réalité. Une innovation doit sortir des cartons. Sinon, ça n’est qu’une simple bonne idée ! ».
Des plaques composites pour les avions
Responsable du processus qu’elle a modélisé et mis en place à son arrivée – en même temps qu’elle lui affectait des indicateurs de performance -, Agnès Jolly a les yeux tournés vers l’avenir. Chaque projet fait l’objet d’un macro-planning dont la R&D assure le pilotage, en même temps qu’elle consacre une part de son temps à la veille technologique qui lui permettra d’anticiper le futur.
En ligne de mire, par exemple, des résines thermoplastiques pour des applications aéronautiques dont les prototypes viennent tout juste de voir le jour, après presque 5 ans de travaux. Après soumission aux tests de qualification des géants de l’aviation, courant 2010, cette innovation devrait permettre à Porcher Industries de franchir un cap : fournisseur de tissus et de pré-imprégnés pour l’industrie aéronautique, le groupe pourrait gagner des parts de marchés dans les plaques composites pour la construction des appareils.
« L’innovation est un cycle qui ne s’arrête jamais. Il y a plus de 10 ans, nous avons innové sur nos premières voiles de parapente en créant des voiles plus résistantes et plus maniables, avec du fil de polyamide. Aujourd’hui, nous continuons à innover sur ces produits dont nous sommes leaders mondiaux, en améliorant leurs performances : ils sont de plus en plus légers, de plus en plus durables, de plus en plus résistants à la salissure. Regardez la vitesse à laquelle l’innovation avance, le lanceur Apollo 11 qui a déposé le premier homme sur la lune possédait une électronique d’une puissance tout au plus équivalente à celle d’un smart phone aujourd’hui ! ».
Partager les compétences
Engagé dans de nombreux projets de R&D – dont 3 des projets collaboratifs labellisés par Techtera -, Porcher Industries est loin d’avoir achevé sa trajectoire. En orbite, les produits qui seront développés par les équipes impliquées dans les projets Univerre – l’un des premiers du pôle de compétitivité -, Matbiotex et Ecomat. «La valeur ajoutée apportée par les pôles, c’est le partage des compétences entre industriels et laboratoires, qu’il s’agisse de laboratoires académiques ou de centres techniques. C’est aussi, pour les industriels, l’opportunité d’échanges de bonnes pratiques. Ce sont des soutiens financiers et des opportunités. Univerre, par exemple, a permis à Porcher de s’équiper d’un outil de tissage multicouches pour fibres de verre et de carbone intéressant pour nos clients de l’aéronautique et du bâtiment. Sans ce projet, nous ne l’aurions pas fait ».
Porcher Industries
75, RD 1085
38300 Badinieres
04 74 43 10 10
www.porcher-ind.com











